DARIO ARGENTO
...SON HISTOIRE...
Italie, 1970...
"L'oiseau au plumage de cristal" est présenté dans
toutes les salles du pays. L'oeuvre est de Dario Argento, jeune
romain qui en est à sa première expérience
derrière la caméra mais qui a déjà
été en contact avec le monde du cinéma, en
qualité de scénariste. Les premières projections
du film reçoivent un gros succès au sud de la
péninsule. Ressortit une deuxième fois au nord, la
bande gagne l'approbation du public, en résistant plus d'une
année et en marquant inévitablement la naissance d'un
nouveau talent.
Dario Argento naît à
Rome le 7 Septembre 1940.
Enfant de la balle, son père Salvatore est producteur, sa
mère Elda Luxardo est une célèbre photographe
Brésilienne, il hérite de ses parents l'amour du
cinéma et de l'intérêt pour la photographie.
En cultivant sa passion, il débute dans le journalisme,
d'abord comme correcteur d'épreuves, par la suite comme
critique de cinéma, en se rangeant surtout du coté des
policiers et des westerns.
Son nom prend de la valeur et quelquesuns de ses articles sont
publiés dans Les Cahiers Du Cinéma. Dans
l'année, il a une première expérience
cinématographique en jouant un rôle dans le film de
Alberto Sordi: "Scusi, lei e favorevole o contrario" (1966).
En 1968 Sergio Leone l'appelle pour
collaborer à l'adaptation de "Il était une fois dans
l'ouest". Cet événement offre à Dario Argento
l'occasion d'entrer dans le monde du cinéma et d'en devenir
une partie active.
D'autres oeuvres suivent qui nous montrent le scénariste,
nouveau-né mais talentueux, travailler avec des maîtres
comme Giuseppe Patroni Griffi ("Metti una sera a cena") et Tonino
Cervi ("Oggi a me... Domani a te") jusqu'au moment où, pendant
des vacances en Tunisie, il conçoit le scénario de
"L'oiseau au plumage de cristal".
Cette fois il décide de ne pas vendre son idée: il se
sent prêt pour passer à la réalisation et, en
s'associant avec son père, il fonde la S.E.D.A. (Salvatore et
Dario Argento), maison de production avec laquelle il
réalisera tous ses films suivants jusqu'à
"Suspiria".
"L'oiseau au plumage de cristal"
affronte un marché particulièrement difficile. Il
s'agit d'un thriller aux atmosphères terrifiantes,
constellé de crimes atroces. Un genre pas très
couronné de succès et peu fréquenté en
Italie.
Mario Bava, avec ses bandes inspirées du gothique et du
policier, avait réussi à se gagner l'estime d'une
critique française.
Peu d'autres metteurs en scène du pays, parmi lesquels
Riccardo Freda, Lucio Fulci, Antonio Margheriti et Umberto Lenzi, ont
tenté le chemin du cinéma de la peur, avec une faible
réponse du public et de la critique.
Dario Argento emprunte les canons du thriller et du film policier, en
les ré interprétant avec génie et en jetant les
bases d'un nouveau genre. Il captive le public et le laisse dans un
labyrinthe embrouillé, où le suspense est effacé
par l'angoisse. Et c'est ainsi que dans la première oeuvre du
metteur en scène nous trouvons déjà une grande
partie des thèmes qui domineront son cinéma, et qui en
feront un cinéma d'auteur.
L'assassin principal est une femme. Elle s'appelle Monica Ranieri,
mais elle n'est pas la seule. Délirants et
désespérés, disposants d'une grande force
physique et d'une capacité d'omniprésence qui fait
horreur, ces personnages sont l'incarnation d'une folie
incroyablement maline, qui se montre dans les moments les plus
inattendus.
Le mal est caché autour de nous, c'est ce que semble nous dire
le metteur en scène, et quelquefois il est si bien
caché que seul un oeil attentif peut réussir à
saisir le détail révélateur qui démasque
le tueur. Il veut ainsi nous montrer à quel point les
apparences sont trompeuses.
En 1971, exactement un an
après son premier film, Argento (maintenant adoré par
les distributeurs de films) réalise sa seconde oeuvre: "Le
chat à neuf queues".
De tous ses films, celui-ci est le plus lié aux règles
classiques du thriller, peut-être le seul qui manque
d'originalité narrative.
Cette fois Argento aborde le thème de la
méchanceté d'une façon plus explicite, en nous
la proposant comme une maladie héréditaire et donc
difficilement contrôlable. On éprouve presque de la
pitié, en suivant le jeune médecin Casoni dans sa
course violente et désespérée, pour
éviter qu'on découvre sa vrai nature qui le conduira a
un final tragique.
Dans la distribution du film, Kark Malden, glorieux acteur
hollywoodien paru dans des films de Ford, Hitchcock, Kazan, se taille
la part du lion en compagnie de James Franciscus et Katerine
Spaak.
Après la sortie du "Chat
à neuf queues", Argento n'attend pas longtemps et, la
même année, met en circulation un troisième film,
"Quatre mouches de velours gris". Dans ce film là, il se
rattache aux argumentations développées dans sa
première oeuvre. Il nous présente un des plus
controversés et terrifiants symboles de fou homicide sous les
traits de la blonde et androgyne Mimsy Farmer. Une femme est encore
l'incarnation de la méchanceté, du délire et de
la menace qui tournent autour d'une personne qui elle, ignore tout et
donc, s'en trouve sans défense.
Revoici le thème du meurtrier qui est enregistré par
l'oeil de la victime et qui reste même après la mort. Le
meurtrier est plongé dans un contexte trompeur et
nécessaire à la résolution de l'atroce
énigme.
En refusant toujours la parenté avec Hitchcock qu'on lui a
attribuée, Argento nous révèle dans cette
histoire un modèle qui lui est plus conforme, en
plaçant la maison du protagoniste dans une hypothétique
rue Fritz Lang.
'Avec le grand metteur en scène allemand émigré
en Amérique, Dario Argento a en commun, peut-être,
l'idée du mal qui se cache dans l'individu, qui le pousse
à des actions horribles et qui le dirige vers un destin
tragique auquel il est impossible d'échapper' (*).
En narrant l'histoire d'un faux mariage qui voit une femme essayer de
conduire son mari à la folie, "Quatre mouches de velours gris"
se montre comme une oeuvre partiellement autobiographique. Il
dénonce les affres du divorce qu'il a enduré avec
Marisa (qui lui avait donné sa première fille
Fiore).
Dans la vie sentimentale de Argento
fait irruption la belle actrice Marilù Tolo, ex mannequin, qui
a joué un rôle dans son film suivant, "Le cinque
giornate" en 1973, la seule excursion de l'artiste romain dans un
genre différent du thriller et du fantastique. "Le cinque
giornate" aborde une glorieuse page du Risorgimento italien. Conduit
par la philosophie libertaire de son auteur, le film nous raconte
l'histoire de deux amis, Cainazzo le malfaiteur et Romolo le
boulanger, qui sont impliqués, sans le vouloir, dans les
mouvements anti-Autrichiens qui bouleversent Milan en 1848. Il s'agit
de symboles humains qui ne comprennent pas la portée des
événements qui les renversent et dans lesquels ils
s'immiscent, sans être capables de les déchiffrer. Cette
fois le détail significatif est enregistré par un oeil
inattentif, ignorant tout, comme toujours, mais aussi
désintéressé, d'un personnage inutile à
soi-même et aux autres.
La critique démolit le film en accusant l'auteur
d'indifférentisme et en l'invitant à retourner au genre
qui est fait pour lui.
Argento, déçu peut-être plus que les autres par
son dernier travail, accepte l'exhortation et réalise l'oeuvre
la plus célébrée qui le reconnaîtra comme
maître du thriller.
Dans la même année Argento coopère avec la
télévision italienne, en produisant une série en
quatre épisodes appelée "La porta sul buio" et en
mettant l'un deux en scène ("Il tram") sous le pseudonyme de
Siro Bernadotte.